Pourquoi les moustiques piquent-ils certaines personnes plus que d'autres ?

« Je sors toujours couvert de piqûres, alors que mon voisin n'a rien. » Si vous êtes ce « repas préféré » des moustiques, vous avez sans doute remarqué que cette injustice est répétée, été après été. La science confirme : oui, les moustiques ont des préférences, et plusieurs facteurs expliquent pourquoi vous êtes (ou pas) leur cible favorite.

Bonne nouvelle : la plupart de ces facteurs sont modifiables. En comprenant ce qui vous rend attractif, vous pouvez significativement réduire le nombre de piqûres — sans pour autant renoncer aux barbecues en terrasse.

### Facteur n°1 : le CO₂ que vous expirez (le plus important)

Le dioxyde de carbone est le premier signal qui attire les moustiques. Ils le détectent à plus de 50 mètres grâce à des récepteurs spécialisés sur leurs antennes (les *cpA* et *cpB* neurons). Une fois le CO₂ détecté, le moustique remonte le « panache » respiratoire jusqu'à sa source.

Qui expire le plus de CO₂ ?

  • Les personnes de grande taille (plus de volume pulmonaire)
  • Les adultes par rapport aux enfants
  • Les personnes en activité physique intense (sport, course, jardinage)
  • Les personnes en surpoids
  • Les femmes enceintes (volume courant augmenté de 20 à 30 % au 3ᵉ trimestre)

C'est pourquoi le moustique tigre, qui chasse en plein jour, attaque souvent les jardiniers, les sportifs et les hommes grands.

Comment réduire l'attraction CO₂ :

  • Faire moins d'effort physique intense en début de soirée
  • Ventilateur orienté vers soi (dissipe le CO₂)
  • Éviter de rester immobile dehors pendant les heures de pointe

### Facteur n°2 : le groupe sanguin (O = +83 % de piqûres)

Plusieurs études, dont une méta-analyse japonaise de 2020 (publiée dans *PLOS ONE*), ont clairement montré que les moustiques ont une préférence pour le groupe O.

Répartition de l'attractivité :

  • Groupe O : référence (100 % d'attractivité) — les moustiques piquent 1,8 fois plus que le groupe A
  • Groupe B : 30 à 50 % moins piqué que le groupe O
  • Groupe A : 30 à 50 % moins piqué que le groupe O
  • Sécréteurs (présence d'antigènes ABO dans la salive, la sueur, l'urine) : 20 à 30 % plus piqués que les non-sécréteurs (85 % de la population mondiale est sécrétrice)

C'est génétique : on ne peut pas le modifier. En revanche, les personnes du groupe O doivent redoubler de vigilance (répulsifs, moustiquaires, vêtements couvrants).

### Facteur n°3 : la composition de votre peau (microbiote cutané)

C'est la découverte la plus fascinante de ces dernières années (étude Rutgers, 2022, publiée dans *PLOS ONE*). Les moustiques sont attirés par certaines molécules présentes à la surface de la peau, produites par le microbiote cutané (les milliards de bactéries qui vivent sur votre peau).

Les coupables identifiés :

  • Acide lactique : produit par la sueur (notamment après l'effort)
  • Acide carboxylique : certaines peaux en produisent davantage
  • Composés sulfurés : variables selon l'alimentation
  • Cétone 2-methylbutanoic acid : molécule identifiée par les chercheurs de Rokwon, qui attire particulièrement *Aedes aegypti*

Variations individuelles :

  • Les personnes qui transpirent beaucoup (souvent attractives pour les moustiques)
  • Les personnes avec un microbiote cutané « riche » en *Staphylococcus epidermidis* et *Corynebacterium* (qui produisent plus d'acides gras volatils)
  • Les personnes avec un microbiote « pauvre » en diversité (moins de piqûres)

Comment modifier son microbiote :

  • Hygiène régulière (douche après l'effort) — mais sans excès (les douches trop fréquentes avec savon antibactérien déséquilibrent le microbiote protecteur)
  • Alimentation : certains aliments (ail, vinaigre, banane) sont souvent cités comme répulsifs, mais aucune preuve scientifique ne soutient ces allégations
  • Probiotiques cutanés : encore au stade de la recherche

### Facteur n°4 : la chaleur corporelle et la transpiration

Les moustiques détectent la chaleur grâce à des récepteurs thermosensibles (les *TRPA1* neurons). Plus votre peau est chaude, plus vous êtes attractif. L'exercice physique, la fièvre, le port de vêtements synthétiques sombres et serrés élèvent la température cutanée.

La sueur est un puissant attractif : elle contient de l'acide lactique, de l'urée, du sel et des composés volatils. Mais c'est surtout la quantité et la composition qui comptent : certaines personnes transpirent beaucoup mais sont peu attractives, d'autres transpirent peu mais sont « délectables ».

Astuce : après l'effort, prendre une douche tiède (pas trop chaude) et se sécher. Porter des vêtements amples, clairs et respirants (coton, lin).

### Facteur n°5 : l'alcool

Plusieurs études (notamment une étude de 2002 publiée dans le *Journal of the American Mosquito Control Association*) ont montré que la consommation d'alcool augmente l'attractivité pour les moustiques. Une étude récente (2025, *iScience*) a même identifié le mécanisme : l'alcool modifie les composés volatils émis par la peau et augmente la température corporelle.

Verdict : 1 verre de vin en terrasse ne changera pas grand-chose, mais une soirée bien arrosée augmentera significativement vos piqûres.

### Facteur n°6 : les couleurs des vêtements

Les moustiques voient dans un spectre proche de l'infrarouge et sont attirés par les couleurs sombres (noir, bleu marine, rouge) qui absorbent la chaleur. À l'inverse, les couleurs claires (blanc, beige, jaune pâle) réfléchissent la chaleur et sont moins attractives.

C'est particulièrement vrai pour le moustique tigre (*Aedes albopictus*) et le moustique de la fièvre jaune (*Aedes aegypti*), qui sont diurnes et chassent à vue autant qu'à l'odeur.

Verdict : en zone infestée, privilégiez les vêtements clairs, amples et tissés serré. Évitez le noir, surtout le soir.

### Facteur n°7 : les femmes enceintes

Les femmes enceintes (surtout au 2ᵉ et 3ᵉ trimestre) sont 2 fois plus piquées que les autres, selon une étude gambienne de

  1. Plusieurs raisons :
  • Expiration accrue de CO₂ (+20-30 %)
  • Température corporelle plus élevée (+0,5 à 1 °C)
  • Sueur plus abondante
  • Compositions cutanées modifiées par les hormones

C'est un facteur non modifiable : les femmes enceintes doivent redoubler de vigilance, surtout en zone de paludisme.

### Facteur n°8 : la génétique (héritabilité de 20 à 30 %)

Une étude sur 18 ans de jumeaux (publiée dans *Behavior Genetics*, 2015) a montré que l'attractivité pour les moustiques est en partie génétique : 20 à 30 % de la variabilité serait héritable. C'est lié à la composition du microbiote cutané (elle-même influencée par les gènes), au groupe sanguin, à la production d'acide lactique, etc.

C'est pourquoi dans une même famille, certains sont plus piqués que d'autres : ce n'est pas (que) une question de chance.

### Récapitulatif : comment réduire votre attractivité

| Action | Impact |

|---|---|

| Douche après l'effort, vêtements secs | Réduit l'attraction par la sueur |

| Ventilateur sur la terrasse | Dissipe le CO₂, gêne le vol |

| Vêtements clairs, amples, tissés serré | Réduit l'attraction visuelle et l'odeur corporelle |

| Répulsif cutané homologué (DEET, icaridine, IR3535, PMD) | Réduction de 80 à 95 % des piqûres |

| Limiter l'alcool en extérieur | Réduit l'attraction chimique |

| Moustiquaire (lit, fenêtres) | Barrière physique efficace à 100 % |

| Éviter les efforts intenses en début de soirée | Réduit la production de CO₂ et la chaleur |

### Idées reçues

  • *« Le sang sucré attire les moustiques. »* Faux : aucun lien entre le goût du sang et l'attractivité.
  • *« Les moustiques préfèrent les peaux pâles. »* Faux : aucune preuve. C'est la chaleur et la composition chimique, pas la mélanine.
  • *« Manger de l'ail ou de la vitamine B1 les éloigne. »* Faux : aucune étude n'a confirmé cet effet.
  • *« Les hommes sont plus piqués que les femmes. »* Plutôt vrai : ils sont en moyenne plus grands et produisent plus de CO₂, mais la différence est faible par rapport aux autres facteurs.